" Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire. Jamais il ne s'élance vers l'avenir, jamais il ne lui vient à l'idée de sortir de la répétition pour s'inventer un destin".
Propos de Nicolas Sarkozy tenus lors de son passage en Afrique.
Quelle suffisance! Quelle arrogance! Connaît-il l'histoire de l'Afrique? De quel droit juge-t-il "l'homme africain" et son histoire? De quel droit pose-t-il un tel jugement de valeur?
Qui lui a donné le droit de donner des leçons de morale aux Africains? Qu'en ont-ils à faire au demeurant? Pour qui se prend-il? Ces propos sont d'une bêtise incommensurable!
Nicolas Sarkozy laisse entendre qu'il y a la petite histoire et l'Histoire avec un grand H. Et l'histoire des Africains serait plutôt à classer dans la première catégorie. Sur quels arguments fonde-t-il pareille conviction? Toutes les histoires humaines ne se valent-elles pas? A-t-il déjà ouvert un livre sur l'histoire de l'Afrique?
Il reproche aux Africains de ne pas être capables de s'inventer un destin. Mais les Européens ne les ont-ils pas empêchés de suivre leur développement naturel en les colonisant et en leur imposant leur culture (Illustration typique: les petits écoliers africains parlant de leurs ancêtres les Gaulois)?
Il est vrai que, pour lui, le salut de l'Afrique se trouve dans l'imitation de l'Europe occidentale. Elle devrait adopter ses valeurs, ses façons d'appréhender, de penser, de gérer l'existence. Ses façons de travailler, de consommer, de se divertir. C'est toujours l'idée que la civilisation européenne est supérieure à celle de l'Afrique. C'est évident, puisque les Européens ont fait de très grandes choses: ils ont su par exemple développer l'art de la guerre au point de pouvoir rayer de la planète toute une population en quelques secondes. Et puis si les Africains nous ressemblent, il sera plus facile de leur vendre nos produits.
Et cette manie de prendre les Africains pour des petits enfants qu'il faut éduquer. On met l'accent sur ce qui ne va pas et l'on oublie de parler de ce qui marche.
Aider les Africains, oui, mais dans les projets qu'ils choisissent eux-mêmes. Il est temps de ne plus les considérer comme des immatures. Il faut s'intéresser à eux pour mieux les connaître et ainsi comprendre leurs aspirations afin de pouvoir les aider au mieux.
Cette façon de parler est inquiétante aussi parce que ce que dit Nicolas Sarkozy s'applique également à notre pays. On peut penser qu'il classe la France parmi les pays qui sont entrés dans l'Histoire. Reste le destin qu'elle doit se choisir. Et là, soudain, on a peur. On pense à certaines idéologies qui assignaient un but ultime aux actions des peuples. On a vu où cela menait. La fin justifiant les moyens, on en arrive à des exactions terribles et à des horreurs.
Par Pierre de Meaux
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